Test 007 First Light : Bond est de retour et il était temps.

Par Léo Girardeau
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14 ans. C’est le temps qu’il aura fallu attendre entre le dernier vrai jeu James Bond et celui-ci. 007 First Light, développé par IO Interactive — les créateurs de Hitman — s’attaque à un défi double : ressusciter Bond en jeu vidéo après le désastre de 007 Legends en 2012, tout en proposant une toute nouvelle version du personnage. Le résultat est à la fois plus solide et plus prometteur qu’on n’aurait osé l’espérer.

Hitman rencontre Uncharted

La meilleure façon de décrire 007 First Light, c’est un croisement entre le Hitman d’IO Interactive et la saga Uncharted de Naughty Dog. On retrouve d’un côté l’approche furtive, les environnements bondés à infiltrer, la liberté tactique. De l’autre, les séquences d’action explosive, les set-pieces spectaculaires, les courses-poursuites. Le mélange fonctionne étonnamment bien et garantit une vraie variété de gameplay tout au long de l’aventure.

Chaque mission suit grosso modo le même schéma : une phase d’infiltration plus ou moins ouverte dans un lieu animé, qui monte progressivement en intensité jusqu’à un affrontement général. Les poings, les flingues, parfois un véhicule. Puis retour au calme pour la mission suivante.

Le défaut principal

Ces phases d’infiltration initiales durent trop longtemps et manquent franchement de relief. Le jeu guide constamment le joueur d’un objectif à l’autre sans vraiment le solliciter. C’est le seul vrai problème structurel du jeu — et il est récurrent.

La comparaison avec les montagnes russes est juste : au lieu d’une grande montée et d’une grande descente, 007 First Light multiplie de petites montées et de petites descentes. En jouant par courtes sessions, ça passe bien. En marathon, la répétition du schéma finit par se faire sentir.

Une histoire de Bond qui tient la route

Là où First Light surprend vraiment, c’est dans son récit. C’est une origin story pour un Bond entièrement nouveau, et IO Interactive s’en sort avec les honneurs. Twists efficaces, enjeux qui montent progressivement, antagonistes mémorables — tout est là.

Patrick Gibson incarne ce nouveau 007 avec une arrogance calculée qui fonctionne très bien. Mais c’est Lennie James dans le rôle du vétéran John Greenway qui vole la vedette, sa relation avec Bond est le fil conducteur émotionnel du jeu, et c’est de loin la dynamique la plus convaincante. Le reste du casting assure également, avec notamment Lenny Kravitz en Bawma, chef de pirates dans un cimetière de navires franchement impressionnant à explorer.

007 First Light propose l’une des meilleures histoires jamais racontées dans un jeu Bond. Et la suite de cet univers m’impatiente déjà.

La bande-son utilise le thème classique de James Bond avec un sens du timing parfait, jamais gratuit, toujours au bon moment. Ces instants donnent des frissons.

Combat, furtivité, gadgets : tout s’articule bien

Le système de combat est simple mais réjouissant. Bond dispose d’un bullet-time pour faciliter les headshots en pleine action, et ses corps-à-corps intègrent naturellement l’environnement de manière brutale et satisfaisante. Balancer un flingue vide à la tête d’un ennemi ne lasse jamais.

La furtivité est bien dosée, c’est peut-être le meilleur compliment qu’on puisse lui faire. Se faire repérer n’est presque jamais fatal, ce qui retire la frustration du stealth raté sans pour autant enlever la satisfaction de réussir un nettoyage silencieux. IO Interactive connaît son affaire sur ce terrain.

Les gadgets

Q fournit à Bond un arsenal d’équipements classiques, mais avec un vrai système de choix : les gadgets emportés influencent concrètement la façon d’aborder les obstacles. Le laser permet de forcer une serrure discrètement, le téléphone fléchette incapacite à distance mais si vous n’avez ni l’un ni l’autre, il faudra improviser, souvent bruyamment. C’est bien vu.

Le Q-Lens, équipement permanent, fonctionne comme un mode détective : il surligne les éléments interactifs, les objets à récupérer sur les PNJ, et permet de pirater à distance via la Q-Montre. Ce dernier point rappelle Watch Dogs, en plus élégant.

Le mode TacSim : une bonne surprise

En dehors de la campagne principale, bouclée en environ 13 heures en difficulté normale, le jeu propose le mode TacSim : une série de défis courts basés sur des situations et des lieux du jeu principal. Ça aurait pu être du remplissage.

IO Interactive a eu la bonne idée d’y associer une progression : compléter les défis rapporte une monnaie permettant de débloquer nouvelles armes et cosmétiques pour Bond. Les classements en ligne ajoutent une dimension compétitive bienvenue dans une expérience autrement entièrement solo. D’autres défis TacSim sont prévus après la sortie officielle et je les attends.

Pour

  • Une origin story Bond parmi les meilleures du médium
  • Patrick Gibson convaincant, Lennie James excellent
  • Combat brutal et satisfaisant, furtivité bien dosée
  • Gadgets qui influencent vraiment l’approche
  • Niveaux variés et visuellement soignés
  • Mode TacSim plus profond qu’attendu
  • Thème Bond utilisé avec un sens du timing parfait

Contre

  • Phases d’infiltration trop longues et trop guidées
  • Structure mission trop répétitive sur la durée
  • Peu de challenge dans les premières parties des missions

Verdict

9/10

14 ans d’attente pour un résultat à la hauteur. 007 First Light ne réinvente pas le jeu d’action-aventure, et ce n’est pas son ambition. Ce qu’il fait, il le fait avec une maîtrise réelle : une histoire de Bond qui s’assume, un casting au niveau, un gameplay varié qui sait quand accélérer et quand souffler.

Le problème des phases d’exploration trop guidées et trop molles est réel, et récurrent. Mais il est le seul défaut structurel d’un jeu qui, partout ailleurs, fait les bons choix. IO Interactive a posé les bases d’un univers Bond en jeu vidéo qui n’existait pas depuis trop longtemps, et ils ont réussi leur pari haut la main.

Pour peu que la suite corrige ce point, rendre les phases d’infiltration plus intéressantes, moins bavards, la série pourrait devenir quelque chose d’exceptionnel. En l’état, c’est déjà un des meilleurs jeux Bond jamais sortis. Et sur PS5 Pro, c’est visuellement superbe.

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