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Interview Yannick Agnel, ex nageur olympique, directeur sportif de MCES

Yannick Agnel, grand champion français de natation, désormais retraité, est l'un des piliers du projet MCES, basé à Marseille, dont l'objectif est de réunir sport et esport. Il nous parle études, encadrement, confinement et avenir olympique.

Bonjour Yannick. Peux-tu nous rappeler ton rôle dans le projet MCES ?

Le titre officiel c’est directeur sportif,  mais je trouve que c’est  un peu pompeu et que ça  peut prêter à confusion. C’est plus la méthodologie de la performance de tout ce qui est extérieur aux jeux vidéo : la préparation physique, la nutrition, la psychologie, les phases d’échauffement et de récupération.... qui sont primordiales pour les joueurs. MCES étant une structure naissante, il fallait que tout le monde mette la main à la pâte.

Ton rôle a un peu évolué avec le développement du projet ?

Oui, je pense que oui, mais je reste dans ce que je sais faire. MCES s’est grandement développé et surtout professionnalisé avec le temps, donc il y’a des choses pour lesquelles je suis moins actif qu’au début et puis c’est important de pouvoir délivrer le message de MCES auprès des gens, du grand public.

Et ça continuera à évoluer dans le futur avec le développement de MCES, on aura d’autant plus de chose à amener pour rentrer dans les détails et que ça devienne presque de la Formule 1, où on sera dans la précision et où on pourra se permettre d’avoir des atouts et des outils de la performance qu’on ne peut pas encore avoir.

MCES continue à lever des fonds et à signer des partenariats. A quel point piocher dans les bons aspects du développement des structures sportives aide à provoquer ces opportunités ?

C’est la raison pour laquelle les fondateurs du projet MCES se sont lancé, car on était convaincu que le fait d’accompagner l’esport avec une certaine expérience et une rigueur sportive ne pouvait qu’apporter une solidité au projet. Ces points là font parfois défaut (de moins en moins) à pas mal d’associations ou de clubs.

Je prends l’exemple d’un jeune joueur de CS:GO qui a arrêté car il est au bord du burn out, typiquement c’est le genre de problématique pour lesquelles on essaye de trouver des solutions, on n’a pas de recettes magiques mais notre but c’est vraiment que les joueurs puissent jouer à leur meilleur niveau et le plus longtemps possible.

 

 

Vous avez récemment annoncé un partenariat avec la région PACA pour le développement de MCES, qu’implique cet échange avec la région ?


C’est un réel travail d’équipe. Chacun dans son domaine on essaye de trouver la solution la plus adaptée. L’engagement avec la région montre que ça part de la base, des comités régionaux, des collectivités locales qui se rendent tout à fait compte de la problématique, de la manière dont les jeunes se détournent parfois du sport au profit du jeu vidéo ou d’autres activités un peu plus sédentaires et qu’il y’a pas mal de choses à faire pour les garder dans un rythme de vie et un cadre de vie sain.

Le but c’est que, d’ici quelques années, il y ait des structures qui soient capables d'accueillir ces jeunes comme des associations de quartier ou des académies.
Chaque acteur du développement de l’esport en France doit être capable de proposer à ces jeunes du matériel et un encadrement de qualité, qui suppose d’avoir des formations adéquates. Tout ça va porter ses fruits.

Au quotidien, tu es en contact avec les équipes MCES sur les différents jeux ?

On échange beaucoup. J’ai eu par exemple très récemment les joueurs Fortnite qui étaient en bootcamp à Bordeaux, pour discuter et échanger avec eux.

Ce qu’on essaye de faire, notamment pour les jeunes joueurs, c’est d’être en contact avec les parents, histoire de créer un cercle vertueux.  Il faut que les parents arrivent à comprendre ce que leur enfant vit. On veut vraiment être proche du joueur, de ses parents, de la santé des joueurs pour les accompagner de la meilleure des façons. On organise à travers tout le staff MCES un réel esprit d’équipe pour sortir de l’aspect purement jeux vidéo, créer des liens tous ensemble.

Tu penses que ça devra forcément passer par la création de sections “Esport Etudes” comme on peut retrouver dans le sport ?

C’est marrant que tu m’en parles ! Il y’a 2 ans, tout le monde s’en foutait et personne n’en parlait et dès que MCES est arrivé, les gens ont commencé à dire que ça serait pas mal pour tous ces jeunes il y ait une formation au niveau des lycées ou en post bac.

Je suis pour l’esport étude, mais il faut garder en tête que souvent les horaires adaptés à l’esport, seraient assez complexes à mettre en oeuvre. Les joueurs esports sont souvent un peu déphasés et jouent jusqu'à très tard. Je ne suis pas sûr que ça soit la meilleure des idées de les encourager à se coucher encore plus tard. D’un autre côté, on sait qu’il faut l’adapter.

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Le plus simple serait de se tourner vers des collèges et des lycées qui ont déjà des sections “sport étude”, et pourquoi pas greffer avec encore plus de personnalisation pour les joueurs esport.

On va cependant se retrouver avec les mêmes problématiques, à savoir trouver le bon établissement, avec des équipes pédagogiques qui comprennent et qui sont ouvertes aux joueurs et aux enjeux du développement et de l’encadrement de leur carrière.

Tout est à prendre en compte pour accompagner au mieux le joueur, ça se développe petit à petit et plus il y’aura de clubs professionnels avec des jeunes joueurs à gérer, plus on va s’orienter vers ça.

Que penserais-tu de la création d’une Fédération Française d’esport, en lien direct avec l’état comme on peut retrouver par exemple pour l’Efoot et la FFF ?

Je pense qu’il n’y a pas assez de cas, le statut n’étant pas encore clairement délimité. Il faudrait un très grand nombre de joueurs professionnels de haut niveau. Avec un plus grand nombre d’associations de quartier et de club professionnels, le besoin d’une fédération Esport pourrait s’expliquer. 

La vraie problématique qui va arriver et qu’une meilleure organisation des filières esports pourra solutionner, c’est le dilemme actuel des joueurs qui n’ont que deux alternatives : soit continuer, soit totalement arrêter l’esport.

Les joueurs ne se rendent pas compte que sans filets de sécurité, s’ils se cassent le poignet demain et qu’ils n’arrivent pas à retrouver leur niveau, ils peuvent se retrouver dans une vie sans diplôme, sans rien et là ça peut être compliqué.

Quel impact a eu le confinement ?

C’est sûr que nous avons eu des problématiques nouvelles auxquelles nous avons dû nous adapter mais ça a surtout mis en lumière des choses qui fonctionnaient pas forcément et on est reparti à fond avec de bonnes performances comme la victoire en FNCS de Andilex sur Fortnite ou la finale de la E-Ligue 1 de Rayziaah. On est assez content de notre manière d’avoir géré cette période, même si je n’étais pas confiné aux locaux à Marseille avec les joueurs, des membres du staff se sont dévoués pour faire continuer l’aventure MCES.


Est ce que le projet MCES t’a permis de découvrir de nouveaux jeux ou des scènes esportives ?

Etant un grand fan de jeux vidéo, je n’ai pas vraiment découvert de jeux mais ça m’a permis de découvrir les jeux dont j’avais entendus parler, bien plus en détail et en profondeur. Par exemple des jeux comme Fortnite ou Counter-Strike, ça te force d’être au courant de tout ce qui se passe.

Pour les compétitions esport, je suivais un tout petit peu et le projet MCES me permet de m’intéresser et de suivre les compétitions où nos joueurs sont engagés. On suit un peu tout ce qui se fait en France, en Europe et dans le monde pour toujours être en recherche d’amélioration et de développement.

 


On a pu découvrir, grâce au confinement, l'intérêt très important des sportifs pour les jeux vidéo, que ce soit l’esport ou la création de contenu (lives, vidéos Youtube)...

Pour moi il faut déjà faire une différence entre l’esport et le gaming. Je ne suis absolument pas étonné que beaucoup de sportif s’intéressent de près ou de loin aux jeux vidéo.

Le streaming est un moyen d’expression vers une communauté sans avoir de filtre, et sans les limites des médias traditionnels. C’est un moyen d’échanger différemment, sans intermédiaire, peut-être avec plus d'authenticité pour partager autre chose.

Je pense que cet aspect-là plait beaucoup et que l’effet de mode joue aussi où les gens veulent essayer ce nouveau mode communication.

En tant que champion Olympique de natation, que penses-tu de l'idée d’ouvrir une section Esport lors des Jeux Olympiques ?

J’en suis un fervent supporter et je peux t’assurer que si demain on nous annonce qu'à Paris 2024, on est dans le développement d’une semaine pré-Olympique, où on va rassembler tous les jeux majeurs en s’accordant avec la charte olympique et en travaillant avec tous les éditeurs pour le développement de ces “E-olympique Games”, je pense que ça peut avoir un grand succès.

Il n’existe pas (ou très peu) de compétitions esport où tu représentes uniquement ton pays, où tu représentes des millions de personnes, où tu peux faire sonner la Marseillaise. Ce serait un honneur de pouvoir faire connaître ça aux joueurs esportifs. Je suis partisan du fait que dans jeux olympiques il y’a “jeux”, donc pour moi je pense que le mouvement olympique peut totalement bénéficier du mouvement de l’esport. 

« De ce que j’ai pu voir Antoine comme Théo connaissent très bien l’esport et son environnement, je pense que toutes les bonnes volontés sont bonnes à prendre. »

Après que l’esport se soit frotté au milieu olympique et après avoir reçu quelques refus, je suis d’accord avec ceux qui pensent que l’esport n’a pas forcément besoin d’un soutien olympique pour se développer, mais je pense également que c’est une erreur de fermer totalement la porte de l’esport Olympique.

On retrouve quelques initiatives comme avec les jeux olympiques de Tokyo et un tournoi Rocket League et Street Fighter coorganisé avec Intel et le comité olympique, ou avec les jeux d’Asie. Petit à petit, ça va rentrer dans les moeurs.

Je verrai totalement une ou deux semaines de E-Olympique Games, puis les Jeux Olympiques et les Jeux Paralympiques, pour moi ça aurait tout son sens, ça permettrait de faire rentrer tous ces gens-là dans le mouvements olympique et développer les valeurs Olympiques, pour faire gagner les deux camps.

 


De plus en plus d’événements viennent regrouper des sportifs et acteurs du gaming, notamment ceux organisés avec Doigby, on pense à Carry ton VIP

Doigby fait un travail remarquable, je trouve que c’est une bonne chose, car ça permet de ramener des joueurs curieux à découvrir ce-milieu là et toujours autour d’une bonne cause pour le soutien d’association ou de causes. 

Tu vois d’un bon oeil l’arrivée en force dans ce milieu des sportifs, on pense notamment à l’arrivée de Grizi Esport ?

Ca dépend grandement des intentions des personnes derrière ces projets, que ce soit des sportifs ou non. De ce que j’ai pu voir Antoine comme Théo connaissent très bien l’esport et son environnement, je pense que toutes les bonnes volontés sont bonnes à prendre.

Les beaux projets comme ça sont toujours positifs pour le milieu francophone, que ce soit des sportifs ou pas. Le fait que ce soit des sportifs de haut niveau rajoutent un effet passion et une couverture supplémentaire pour l’esport. Je trouve que c’est une bonne nouvelle, il faudra suivre leur évolution et qu’on aura l’occasion de s’élever tous ensemble vers un top-niveau.

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