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LoL : Analyse de l'échec de la Corée et de l'évolution du jeu

Gen.G, RNG et KT Rolster sont d'ores et déjà éliminés du mondial, et la Corée n'a jamais connu de telles circonstances. Analyse de cette situation inédite.

Après une phase de groupe des Worlds qui a fait la part belle aux surprises et autres upsets, ce matin les deux favoris de la compétition, Royal Never Give Up et KT Rolster, sont tombés. Si Uzi et ses coéquipiers ont chuté en partie par leurs problèmes de draft, le nombre ahurissant de coups de théâtre et la déchéance visible des représentants de la LCK ne sont pas le fruit du hasard. En effet depuis plusieurs mois le jeu a connu une évolution allant “contre le style coréen”. Explications.

Le patch 8.4

Il y a un peu moins de 8 mois, le 22 février 2018, sortait le patch 8.4. Alors qu’elle se concentre principalement sur les objets des mages et certains toplaners en vogue à l’époque, cette mise à jour a apporté l’un des plus gros changements qu’ait connu League of Legends à niveau compétitif depuis plusieurs saisons. En effet, le Couteau du Pisteur, évolution des objets de jungle et incontournable à haut niveau, est retiré.

Le Couteau du pisteur était jusqu’à lors presque obligatoire sur la scène professionnelle, car il conférait aux équipes assez de vision pour éviter le plus gros des dangers en début de partie. Dans les mois qui suivront, Riot Games va insister dans ce sens, c’est-à-dire promouvoir le jeu “agressif” plutôt que “stratégique” en compétition, en réduisant les golds générés par les prises de tours et en augmentant ceux des éliminations avec l’ajout d’une prime dès qu’un joueur élimine deux adversaires sans mourir.

La prise de pouvoir de la Chine ...

Cette réduction de la capacité à prendre la vision va petit à petit pénaliser les équipes coréennes. Peu importe leur style de jeu, qu’il soit agressif comme Kingzone DragonX ou lent comme Gen.G, la faculté de prendre entièrement la vision d’une zone de jeu, voire plus, pour éviter le moindre faux pas, dès l’acquisition du Couteau du pisteur et la quête du support complétée, faisait partie de leur base de jeu.

Enfermées entre elles les équipes de la LCK continueront de pratiquer leur jeu comme avant, ce changement n’apportant pas de bouleversements dans la hiérarchie des formations coréennes. Cela conduira aux échecs du Mid Season Invitational, aux Rifts Rivals puis aux Asians Games. En raison de teamfights pouvant être plus déterminants qu’auparavant, les structures chinoises, en particulier RNG, vont prendre le dessus sur leurs voisines. Le choix d’Afreeca Freecs plutôt que KT pour l’ultime manche contre la LPL aux Rifts Rivals illustrera parfaitement cette déconnexion du pays du matin calme, le choix d'AF étant expliqué par le fait qu' “elle jouait mieux le jeu macro coréen”.

De plus, début juin est arrivé le patch 8.11 et les modifications sur les tireurs. La méta de la botlane et du jeu en général a été complètement bouleversée, ce qui a sans doute eu pour effet de détourner l’attention de l’évolution du jeu vers la méta en elle-même. La possibilité de teamfights dès les premières minutes n’était pas due qu’au fait que Vladimir et Darius étaient les meilleurs “ADCs”, mais surtout parce que la vision n’était plus aussi facile d’accès qu’auparavant.

cvMax, Viper et Tarzan. Griffin a failli révolutionner la LCK cet été (crédit photo : Griffin)

Ainsi au milieu de ce chaos ambiant est née Griffin, une équipe de rookies qui s’est imposée comme une référence dans la meilleure ligue du monde en quelques semaines, pratiquant un jeu relativement atypique en Corée, assez proche de ce que l’on pouvait voir en Chine. Viper et sa bande privilégiaient en effet les personnages capables de dominer leur lane tout en restant performant en teamfight. La formation entraînée par cvMax était également la meilleure de la LCK pour exploiter les temps forts de sa composition, tout en étant une de celle qui posait le moins de ward. Si finalement la jeune structure ne se qualifie pas pour le mondial, le jeu a tout de même évolué sans qu’une majorité des équipes du pays du matin calme ne se soit, à priori, rendu compte de ces modifications.

… la révolution des Worlds ...

Cependant après une finale épique et des finales régionales tout aussi excitantes, la LCK restait parmi les favorites, avec la LPL, pour le titre final. Même si la différence entre la Corée et le reste du monde était moindre, la faculté d’adaptation de ses organisations en Bo5 semblait suffisante pour conserver la couronne.

Au moment où ces lignes sont écrites, seule Afreeca Freecs est encore en course pour soulever la Coupe de l’Invocateur. D’un côté Gen.G, les champions en titre, ont connu un naufrage historique en ne passant pas la phase de poule, l'équipe terminant bonne dernière du groupe B avec une seule victoire à son actif. Dans le sillage de son midlaner, Crown, complètement dépassé, la formation a coulé.

De l’autre KT Rolster, la superteam bâtie autour de Score, fraîchement couronnée sur ses terres. Habitué aux déceptions, le collectif est sorti assez aisément de sa poule avant d’être battu par Invictus Gaming en quart de finale, avec notamment les deux premières parties très contestables dans leur exécution. Mais le résultat est là, après une journée de phase finale, la LCK ne possède plus qu’un représentant.

… Et une méta plus ouverte que jamais

Le manque de remise en question a poussé la Corée vers le gouffre, son jeu traditionnel étant devenu trop difficilement applicable. Alors que depuis des années elle était vue comme l’exemple à suivre, la LCK est devenue une région comme une autre, et les équipes du reste du globe n’ont pas cherché à lui trouver un remplaçant.

En effet l’un des points marquants de ce mondial n’est autre que les possibilités de pick et de stratégie adoptables. C’est ce qu’une certaine partie des formations ont compris. Team Vitality, Cloud9, G2 Esports, Fnatic, Invictus Gaming, Afreeca Freecs etc.. Toutes ont une manière différente d’aborder le jeu. Par exemple contre Invictus, Fnatic savait qu’il serait difficile de contester la priorité à Rookie, les joueurs ont ainsi décidé de jouer autour de la botlane tout en sachant qu’ils pourraient remettre Caps dans la partie en jouant mieux avec leurs sidelanes. Ce matin contre RNG, G2 est parti du principe que Wadid et Hjarnan ne pourraient pas tenir Uzi et Ming en deux contre deux. Ils ont donc fait le choix d’appuyer sur des sololanes fortes, afin d’être en mesure de contrer l’ADC chinois dans le milieu de partie, sans forcément passer par son système en 1-3-1 habituel. Pari gagnant puisque les Européens se sont imposés 3 à 2, et auraient même pu remporter la première manche.

L’état actuel du jeu ne semble pas avoir de méta optimale comme cela a presque toujours été le cas. Les possibilités sont multiples, et surtout, il est possible de jouer de manière plus brute, comme Vitality l’a montré durant les poules. Si le pays du matin calme garde le monopole des parties “les plus propres” dans cette compétition, le reste du monde, tout du moins l’Europe, la Chine et Cloud9, ont comblé une partie de leur retard et accepté que jouer à leur manière était la solution.

Le niveau de jeu global n’est peut-être pas le plus élevé que l’on ait vu pour un championnat du monde, mais que ce soit Invictus ou G2, les équipes qui ont le mieux joué se sont imposées ce matin. Oui les meilleures formations du monde n’ont jamais été aussi proches d’être sur un pied d'égalité, et oui la Corée a clairement les moyens de retrouver sa place dans le futur, mais pour cela elle devra faire une profonde remise en question durant l’hiver. En attendant, c’est Afreeca Freecs qui portera les espoirs de toute une nation sur ses propres terres.


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