Un brawler multijoueur 4v4 à base de poterie. Une idée gribouillée sur le coin d’une serviette en papier lors d’une soirée arrosée d’un salon du jeu vidéo, qui s’est inexplicablement retrouvée à l’écran. C’est Double Fine, les gens derrière Psychonauts, Brutal Legend, tout un catalogue de jeux barges et brillants, alors on sait qu’on est en terrain de maboule créatif assumé. La bonne nouvelle : ça marche, plus qu’on ne l’aurait imaginé. La mauvaise : ça ne dure pas.
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L’idée la plus absurde de l’année
Le concept de Kiln tient en deux phrases : vous fabriquez un pot, vous mettez un petit esprit dedans, et votre pot affronte trois autres céramiques adverses dans le but d’éteindre le four (le « kiln ») de l’équipe ennemie avec de l’eau. C’est du grand n’importe quoi, et j’ai eu un sourire béat sur le visage pendant toute la phase de tutoriel.
Le tutoriel, justement, est bien fichu. Il pose les bases avec un humour constant, des jeux de mots sur la céramique à tous les coins de phrase, et une vraie introduction progressive aux mécaniques. On sent le soin apporté à l’écriture — c’est Double Fine, ils n’auraient pas pu faire autrement.

Un simulateur de poterie qui tient la route
La vraie surprise de Kiln, c’est que la partie « fabriquer son pot » est honnêtement bonne. On commence avec une boule de glaise sur un tour, et on tire, pousse, sculpte la matière pour lui donner une forme reconnaissable. Le jeu propose cinq archétypes, assiette, cylindre, tasse, bouteille, jarre, et chacun correspond à un style de jeu bien distinct.
L’assiette ricoche comme un palet de hockey, le cylindre devient un engin lourd et dévastateur, la tasse crache des projectiles façon pop-corn… Le type de pot que vous créez conditionne votre rôle dans l’équipe. C’est simple, c’est lisible, c’est bien vu.
On peut personnaliser sa création avec des anses, des glaçures, des chapeaux (oui, des chapeaux), qui influencent les stats et les capacités spéciales. Il y a même un système de montée en niveau qui élargit les options de modelage. Et bien sûr, les amateurs d’anatomie créative auront de quoi s’exprimer, le jeu le sait très bien.

Des bagarres de vaisselle pas piquées des vers
Les combats 4v4 fonctionnent bien. Les cinq cartes de départ sont compactes mais bien pensées, avec des structures qui rappellent les MOBAs : des couloirs favorisant certains types de pots, des chemins de flanc pour surprendre l’adversaire, des zones de ressources à contrôler. Dionysus’ Boogie Lounge, avec ses multiples passages secrets, invite clairement au jeu tactique.
La mécanique de respawn est maligne : quand votre pot est brisé, vous pouvez réapparaître dans n’importe lequel de vos pots préalablement craftés. Ça ajoute une belle couche stratégique, est-ce que je garde un pot de réserve en arrière, ou je joue tout sur une seule pièce ?
L’ensemble dégage une vraie identité, un sens du fun décomplexé qu’on retrouve dans les meilleurs projets Double Fine. Les parties sont nerveuses, colorées, drôles. Le problème, c’est ce qui arrive une fois qu’on a fait le tour.

Trop peu de terre pour beaucoup d’ambition
Kiln sort avec un seul mode de jeu, Quench, et cinq cartes. C’est honnête pour un titre de ce calibre, sauf que ça montre ses limites assez vite. Les mécaniques sont suffisamment solides pour qu’on veuille en voir plus, mais cette profondeur supplémentaire n’est pas là au lancement.
Trouver une équipe complète de quatre joueurs n’est pas toujours évident non plus. C’est le talon d’Achille des jeux multijoueur de niche : si la base de joueurs n’est pas là dès le départ, l’expérience en souffre directement.
Double Fine a promis des cartes, des stickers et du contenu supplémentaire post-lancement. C’est encourageant, mais ça ne résout pas le problème d’aujourd’hui : Kiln donne faim, puis laisse sur sa fin beaucoup trop vite.
Ce qu’on aime
- Le concept absurde qui tient vraiment la route
- La simulation de poterie surprenante de profondeur
- L’humour constant, les jeux de mots en pagaille
- Des cartes bien pensées, inspirées des MOBAs
- La mécanique de respawn stratégique
- Un vrai style visuel coloré et cohérent
Ce qui déçoit
- Un seul mode de jeu au lancement
- Seulement cinq cartes, la lassitude arrive vite
- Trouver une équipe complète peut être galère
- Des systèmes qui appellent plus de profondeur
- Ça s’essouffle trop rapidement
Verdict

6/10
Kiln est une bonne surprise, à moitié. La prémisse délirante s’avère être bien plus qu’un simple gimmick, et Double Fine prouve une fois de plus qu’ils peuvent trouver du jeu là où personne d’autre ne regarderait. La partie poterie est sincèrement réussie, les combats sont nerveux et fun, et l’écriture est à la hauteur de la réputation du studio.
Mais voilà : Kiln manque cruellement de contenu pour transformer l’essai sur la durée. Un seul mode, cinq cartes, et une communauté encore trop clairsemée pour garantir des parties optimales. C’est le genre de jeu qui pourrait devenir vraiment bon dans six mois avec du support post-lancement, en l’état, c’est une belle idée qui tourne un peu à vide trop tôt.
Si vous aimez les jeux originaux et que l’idée de bastonner à coups de céramique vous fait sourire : foncez, mais les yeux ouverts. Tout le monde peut attendre une promo.
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